HISTORIQUE

Tadoussac. Le nom à lui seul évoque la beauté, bercée de la rumeur persistante d’une chanson. Pouvait-on trouver plus bel écrin pour y nicher un bijou de petit festival ? De la genèse en forme de party à la consécration quasi religieuse d’un événement à la qualité indéniable et à la réputation enviable, le Festival a connu plusieurs éditions de nuits folles, de rencontres improbables, de révélations, de bonheur et de musique ! Des artistes y ont rencontré leur premier public, d’autres y reviennent souvent, comme à la table de vieux amis. Tous y retrouvent, année après année, ce supplément d’âme et d’humanité, ce côté sans prétention à mi-chemin entre la fête de famille et la grand-messe !

Prémisse et complices
D’abord, un nom s’impose. André Tremblay. Le Café du Fjord, c’est lui. L’Auberge de jeunesse aussi. Et lui aussi le premier tintamarre devenu festival. Tout a commencé en août 1984 par un jam au Café du Fjord : une réaction au disco, alors que la place de la chanson francophone était réduite à peau de chagrin. Parce que c’est André, parce que c’est Tadoussac, parce que la musique rassemble, le party a levé jusqu’à ce que le soleil se lève aussi ! « Il y a quelque chose là », murmurait-on dans les alcôves. Si bien qu’à l’an deux, la Marina se greffait au Café du Fjord et le Festival prenait son élan. L’envolée continue en 1988 avec Richard Desjardins qui laisse son auditoire époustouflé, Dan Bigras sur le « pow-wow » qui s’amène en 1990, accompagné d’une timide Luce Dufault, Sylvain Lelièvre en 1992, et l’histoire se poursuit… Festival accueille sa part d’étoiles filantes.

De secret à rumeur
« Jusqu’en 92, on peut dire que c’est demeuré assez confidentiel. Cette année-là, un premier semblant de salaire est versé. C’était devenu trop gros pour que seuls des bénévoles s’en occupent », explique Catherine Marck, une pionnière qui a joué pendant plus de 30 ans le rôle de directrice artistique du festival. Jusque-là, le Festival se déroule en août, à l’apogée d’une saison touristique courte et dense. L’idée de déplacer l’événement en juin se concrétise en 1993. « On s’était toujours dit qu’on voulait le sortir de la saison, pour en faire un événement à part entière », poursuit-elle. En 1993, Corinne Hervé, première employée officielle, à la fois graphiste et directrice de l’organisme, s’affaire à coordonner les élans diffus du comité organisateur composé de près d’une vingtaine de personnes. Une première conférence de presse officielle a lieu à Montréal. Cette édition est définitivement marquée par la présence inoubliable de la bande à Dédé Fortin, un jalon sacré dans l’histoire du Festival ; un des nombreux bons coups signés Alain Plante, un autre pilier du plus grand des petits festivals.

Quatre années passent au cours desquelles le Festival ne cesse de prendre de l’ampleur, laissant sa minuscule équipe et son armada de bénévoles pantois. Claude Dubois, Daniel Lavoie, Louise Forestier, Lynda Lemay, Zébulon, Raoul… Le rendez-vous gagne en notoriété et le public croît avec l’usage. Le bouche-à-oreille fait son œuvre. En moins de temps qu’il n’en faut pour crier chanson, le Festival passe du secret le mieux gardé de la Haute-Côte-Nord à La Mecque des amateurs de chanson francophone audacieuse.

Un nouveau souffle
Charles Breton est repêché comme directeur général en 1998. « Le Festival ne cessait de prendre de l’ampleur, et tout le monde était épuisé. Les gens n’en pouvaient plus et on m’a carrément « donné » le Festival. J’ai pris mon bâton de pèlerin », se remémore-t-il. D’abord, trouver de l’argent. Puis, concocter une programmation et la mousser. Charles Breton se souvient avec un sourire des heures d’angoisse qui ont précédé la première édition où il tenait la barre. « J’étais sûr que je vivais alors le pire échec de ma vie. On avait fait un travail complètement fou, en misant gros sur la publicité à l’extérieur de la région. On avait promis des résultats, une visibilité. Le vendredi soir, c’était mort !!! Il n’y avait personne nulle part. Je voulais m’évanouir, disparaître! ». Puis, les traversiers bondés se sont mis à déverser des torrents de voitures remplies de festivaliers. « À 21h, il ne restait plus un seul bracelet, plus un seul programme, plus une cenne de change ! », rigole-t-il aujourd’hui. La suite de l’histoire relève du conte de fées et de la job de bras, du hasard et du calcul, des essais et des erreurs.

Tout est dans tout
Ils ont tout essayé. Ils ont donné des parrains à leur festival et ont même fait une fois un concours pour la relève. Ils ont importé de Vendée le concept des Chant’apparts, ces spectacles intimistes donnés dans les maisons de particuliers, puis ont passé le flambeau de cette initiative qui fleurit ailleurs. Ils se sont ouverts sur le monde avant d’ouvrir la porte à des artistes anglophones. Et puis, il y a eu aussi un grand pas, presque céleste, avec une nouvelle salle au cœur de l’église, où les 12 Hommes rapaillés ont célébré un office mémorable.

Le fleuve, les baleines, les grands espaces, et le vent fleurant bon le large, ne sont pas étrangers à l’aura qui nimbe le festival, et les artisans qui le forgent l’ont compris et s’en sont fait des alliés : l’Anse à la Barque en kayak, ce joli concept qui vous invite à assister à un spectacle en pleine nature, le popotin calé dans un esquif coloré, et Le Tour de L’Islet, circuit musical autour d’une petite presqu’île à l’entré du Fjord (clin d’œil au grand Félix), en sont de beaux exemples.

« Tadoussac, c’est un festival qui a des petits moyens, mais beaucoup de cœur. Depuis le début, on reste centré sur la chanson. C’est notre mission! Et on nous dit souvent que notre festival est mythique », conclut l’improbable duo Breton-Mark. Sous cette gouverne, le Festival mutera encore sous l’élan de la passion et de l’audace, c’est certain !

Un merci grand comme le fleuve
À tous ceux qui ont fait du Festival de la Chanson de Tadoussac cet incroyable amas de souvenirs et d’à venir, merci ! À vous, oreilles curieuses, yeux attentifs, pieds dansants, merci ! À vous, prêteurs de main forte, bénévoles au cœur à l’ouvrage, techniciens du beau son, charroyeurs de caissons, souriants hôtes, merci !

Sans vous, le plus grand des petits festivals ne serait pas devenu ce qu’il est. Aujourd’hui, il rayonne et séduit ceux qui ont l’âme à la beauté, loin du vrombissement bruyant des villes. Le Festival, c’est vous, c’est nous, c’est elle, cette nature grandiose. Et c’est tout !

À tous les artistes, bénévoles, idéateurs, spectateurs, amis, complices, un merci grand comme la mer ! Votre goutte d’eau a fait la différence dans la vague qui roule encore et toujours comme le bon temps.